Décortiquer les membres : qui siège vraiment dans une interprofession viticole ?
Contrairement à une croyance tenace, une interprofession n’est pas une simple réunion “de la profession”. Il s’agit, au sens légal (loi du 3 janvier 1975, modifiée par l'ordonnance du 24 avril 2019, source), d’un organisme de droit privé d’intérêt collectif, reconnu par l’Etat et doté de missions spécifiques.
La plupart des interprofessions viticoles françaises (CIVB, Inter Rhône, CIVL, etc.) sont structurées autour de deux collèges principaux :
- Le collège production : il représente les vignerons, caves coopératives, et parfois les pépiniéristes. Les représentants proviennent le plus souvent des syndicats (FNSEA, Confédération Paysanne, Coordination Rurale, etc.) ou de la coopération (Coopération Agricole).
- Le collège négoce : il rassemble les maisons de négoce, courtiers, exportateurs. Là aussi, syndicalisme patronal (Fédération des Négociants, UIVC, etc.) et coopératives se côtoient.
Dans certaines interprofessions, un troisième collège rassemble des représentants de la distribution (restaurateurs, cavistes), ou des consommateurs, mais cela reste rare dans le vignoble.
Concrètement, qui siège autour de la table ?
- Des élus syndicaux, désignés pour la plupart (et non élus directement par les vignerons). Exemple au CIVB (Bordeaux) : l’assemblée compte 50% de représentants de la production et 50% du négoce, chacun nommé par ses organisations respectives (source).
- Des coopératives, dont la place est parfois ambiguë entre producteurs et metteurs en marché.
- Des invités permanents : représentants de l’Etat, de FranceAgriMer, parfois sans voix délibérative.
La représentativité est un objet de discorde régulier : au niveau national, moins de 5% des vignerons participent effectivement à la désignation de “leurs” représentants dans les interprofessions (FranceAgriMer, rapport 2022), ce qui pose la question d’un certain entre-soi.