Des régions aux cultures d’organisation propres
Bourgogne : tradition du morcellement et influence du négoce
En Bourgogne, “l’interprofession” s’incarne dans le Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), chargé aussi bien de la défense des AOC que de la promotion à l’export. Mais avec 3 800 exploitations pour moins de 30 000 hectares, désigner une “voix commune” relève du casse-tête. Les enjeux diffèrent radicalement entre la Côte-d'Or, où le prestige prime, et le Mâconnais, plus tourné vers la production de volume et la coopération.
Un fait notable : c’est en Bourgogne que les contestations contre certaines décisions interprofessionnelles (promotion collective, cotisations obligatoires) sont les plus visibles. Exemple marquant : le dépôt de plusieurs recours au Conseil d’État par des exploitants refusant de payer la cotisation interprofessionnelle, jugée injustifiée au regard de la promotion réellement apportée à leurs cuvées (Bourgogne Vigne et Ble).
Languedoc-Roussillon : la force de la coopération et la mutation vers l’export
Le bassin languedocien, longtemps perçu comme “la cave de l’Europe”, s’est imposé dans les années 2000 comme le laboratoire de la reconversion viticole : fermetures de caves, regroupements, massification des outils de communication. InterOc, l’interprofession régionale, gère aujourd’hui un budget conséquent (plus de 8 millions d’euros), consacre 60% de ses ressources à l’export, avec une répartition du pouvoir longtemps favorable aux grandes coopératives locales.
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En 2021, 55% des volumes produits provenaient de caves coopératives, contre 70% vingt ans plus tôt (source : Vitisphere).
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Les tensions sur la gestion des quotas d'AOP ou les critères d’aide à la restructuration y sont récurrentes, avec des contestations fréquentes des plus petits producteurs.
Bordelais : une interprofession structurée mais fragile sous la pression de la crise
Au sein du CIVB, le consensus a longtemps prévalu, avec un équilibre entre caves particulières, coopératives et négoces. Mais la crise de surproduction des années 2020 a révélé des clivages profonds, notamment sur la gestion de la distillation de crise et la redistribution des aides nationales. Des procédures de consultation plus réactives ont été mises en place en 2023 : concertations express, questionnaires anonymes, et création d’un observatoire interne des attentes des vignerons, afin de limiter la contestation grandissante (source : France Bleu).